Réindustrialisation

Il n’y a de richesse que de production, qu’elle soit primaire (l’agriculture) ou secondaire (l’industrie).

La quasi-totalité des activités tertiaires (les services) en découle ou en a besoin à un moment ou à un autre. Tout part d’un produit et y revient fatalement, et les pays qui imposent aujourd’hui leurs conditions commerciales au reste du monde sont ceux qui détiennent la production, qu’ils aient eu l’intelligence de la faire prospérer sur leur territoire ou qu’ils aient récupéré celle que nous avons sciemment laissé partir.

La France est aujourd’hui dans un état de désindustrialisation avancé, elle ne parvient plus à retenir les usines happées par la mondialisation vers des contrées toujours plus rentables, vers des salariés plus exploités encore, et la plus terrible des casses sociales n’y changera rien.

Rebâtir

UN ÉTAT STRATÈGE

Tant qu’elle sera ouverte à tous les vents mauvais de la mondialisation, la France n’aura pas les clés de son rétablissement industriel, car il y aura toujours moins cher ailleurs. Son appartenance à l’euro, les règles des traités européens qui limitent quand ils n’interdisent pas carrément toute politique industrielle digne de ce nom, et les traités de libre-échange signés ces dernières années ont signé la fin de l’industrie française, tant que le cap ne sera pas inversé. En prenant congé de Bruxelles, la France récupérera des outils, non pas pour s’extraire des échanges internationaux mais pour s’y battre à armes égales.

Le protectionnisme est bâtisseur, le libre-échange est profiteur.

Les pays anglo-saxons ne s’y sont pas trompés, ni l’Allemagne, qui ont su patiemment construire des tissus industriels sous des régimes de protection douanière avant de « retirer l’échelle derrière eux » une fois leurs avantages compétitifs acquis. La Chine ou le Japon, sans parler des États-Unis arrivent aujourd’hui chacun à leur manière à conjuguer intelligemment des mesures protectionnistes parfois drastiques avec une imbrication totale et efficace dans les marchés mondiaux. La France n’a besoin de rien d’autre.

Tous les cycles de l’économie s’imbriquent dans le plus grand de tous, la véritable respiration de l’économie mondiale qu’est le cycle du libre-échange et du protectionnisme. La phase d’ultralibéralisme entamée dans les années 70 signait la fin des Trente glorieuses. Avec l’appui des nouvelles technologies, elle est allée beaucoup trop loin et ne demande qu’à prendre fin, pour une nouvelle phase de protection nécessaire aux pays en voie de développement ainsi qu’au rétablissement des pays européens qui ne pourront pas continuer à voir leur industrie partir en Allemagne (par le jeu de pompes aspirantes de l’euro) ou au-delà, une Allemagne prise à son propre jeu qui sera elle-même dépassée et récupérée à terme par l’industrie chinoise.

Ici comme ailleurs, mais ici particulièrement, un nouveau colbertisme et la vision politique à long terme qui l’accompagne est indispensable pour mettre à disposition les moyens humains, financiers et technologiques nécessaires à la réindustrialisation de la France. Seule une politique volontariste permettra qu’elle mérite à nouveau sa réputation de pays productif, innovant et exigeant qui se place à la pointe des industries de demain.

Relancer

LA MACHINE

L’État se dotera d’un véritable commissariat au Plan, rattaché au premier ministre avec une équipe indépendante de représentants des diverses ressources et forces économiques de la nation. Le conseil national du crédit productif, chargé de la répartition des avances du Circuit du Trésor  de la Banque de France fournira, avec l’aide de la BPI, les moyens d’exécution du Plan votés par le parlement.

  • Avec près de 30 milliards de francs chaque année, ce crédit productif public réservé à l’investissement industriel devra être orienté pour transformer et améliorer l’environnement humain dans l’économie réelle et lancer les grands projets de long terme qui feront la France de demain, non pour entretenir la circulation des actifs financiers comme c’est le cas aujourd’hui avec les plans de relance de la Banque centrale européenne, mais pour harmoniser essor économique et bien commun.
  • Dans le même esprit les procédures de LBO (rachat d’entreprise financés à crédit par des dividendes exceptionnels) seront interdites, de même que les stock-options qui focalisent la gestion d’entreprise sur la performance en bourse, à l’exception des start-ups et sociétés de moins de cinquante salariés qui pourront continuer de s’en servir pour attirer des talents.
  • Le capital-risque et le capital-investissement qui manquent cruellement à notre pays seront développés en y consacrant un fonds de 32 milliards de francs réservé sur les 1 600 milliards des assurances-vie des Français, ce qui reviendra à appliquer dans ce domaine le même ratio que les États-Unis.
  • Des quotas d’attribution des marchés publiques seront réservés pour les entreprises produisant en France, installées en France et y payant leurs impôts, à hauteur de 50% en valeur.
  • Un quota de 25% sera réservé aux PME/TPE françaises chaque fois que cela sera possible.
  • Dans le domaine des nouvelles technologies, la conception et la réalisation de l’Internet souverain français lanceront une dynamique positive dans les domaines de pointe des composants et des logiciels.

La reconstruction de notre pays devra se baser sur des services publics forts, particulièrement les grandes entreprises nationales, « navires amiraux » dont nous feront cesser les ventes à la découpe. Les monopoles naturels ont vocation à être intégralement publics : réseaux électrique, gazier, aquifère, ferré, routier et autoroutier, assainissement… Les infrastructures nodales tels que les ports, les aéroports, les gares, les centrales électriques, les barrages hydroélectriques, en font évidemment partie et leur incessibilité devra être garantie par la Constitution.

Protéger

CE QUI DOIT RENAÎTRE

Un protectionnisme intelligent, loin des traités européens qui l’interdisent strictement, consiste en des tarifs douaniers choisis et négociés depuis Paris, qui soient variables en fonction du produit et du pays producteur selon des critères qui peuvent être sociaux, écologiques, sanitaires, lorsque la concurrence de gammes est trop directe ou que l’on souhaite donner les meilleures chances à une industrie naissante ou en croissance.

Il ne s’agit pas de « fermer les frontières » sottement, mais de pratiquer ce que pratique la quasi-totalité des pays du monde hors de l’Union européenne, de (re)mettre en œuvre ce qui a fait la richesse des pays industriels, et qui la fait toujours.

On nous parle d’éventuelles représailles, mais si l’on prend les choses dans le bon ordre, ce sont les nouveaux tarifs français qui constitueront des représailles, même si ce n’est pas dans cet esprit que nous les instaurerons car chaque pays doit être souverain comme la France souhaite l’être, et chacun doit pouvoir juger en pleine liberté des meilleures solutions pour son économie domestique. On nous menace d’une « guerre commerciale » qui a en réalité déjà commencé par l’affrontement entre la Chine et l’Amérique, et dans laquelle nous sommes pour le moment désarmés.

Bien entendu, il ne faudra pas ajouter de taxes sur les produits qui ne sont pas et ne seront pas de sitôt conçus, récoltés ou fabriqués en France, à commencer par le pétrole. L’approvisionnement de produits essentiels comme les médicaments devra être garanti sans que des taxes inappropriées viennent le freiner.

Toutefois, avec 3% de taxes supplémentaires en moyenne sur les importations, on peut compter a minima sur une quinzaine de milliards de francs de rentrées chaque année, soit le budget de la Justice, de la Culture, et de l’Outre-Mer réunis grâce à une petite TVA sur les produits venus de l’étranger. Ils s’ajouteront aux conséquences bénéfiques sur la renaissance de l’industrie française qui récupérera des parts de marché sur les produits étrangers ainsi qu’à l’impact positif de cette politique commerciale sur la balance des paiements de notre pays.

Protéger notre industrie, c’est aussi étendre la liste des entreprises d’importance stratégique, avec la possibilité d’une prise de contrôle par l’État de toute entreprise menacée de délocalisation ou d’acquisition par l’étranger lorsque la préservation de l’intérêt commun national est en jeu.

Il nous faudra sortir de certains traités de libre-échange signés récemment, en premier lieu ceux qui incluent des tribunaux d’arbitrage qui lèsent gravement la souveraineté des États et par conséquent des peuples. Ces tribunaux privés seront nuls et non avenus au regard de la Constitution Française, et représentent en eux-mêmes une raison suffisante pour la dénonciation de ces traités.

La protection des salariés de nos industries passera par la reconstitution du droit du travail, mais aussi par la transformation des règles encadrant le travail détaché afin de lutter contre la concurrence déloyale.

Voici le programme pour la réindustrialisation de la France, créé par les citoyens de plusieurs collectifs réunis dans La Concorde Citoyenne.

Il est défendu par Fabrice Grimal aux élections présidentielles de 2022.